ARABESQUES...

J'ai trempé ma plume dans l'encrier , elle murmure des mots en jeux pour que le JE devienne TU ... Pour VOUS...

Un tour d'images en soie ...

mercredi 4 mai 2011

La dentellière...

Elle avait déposé son métier sur ses genoux ...auparavant elle s'était assise confortablement, les pieds bien installés sur le sol . D'un revers de sa main , elle chassa ses souvenirs ne voulant  s'approprier que les petits points dessinés sur du carton ….Dehors la pluie tombait flirtant avec la vitre...
Elle regardait le dessin et se mit à valser avec ses doigts …Des jolis cliquetis émanaient des  fuseaux en bois marquant un demi arc de cercle sur un coussin vert...
Parfois son dos se courbait  pour suivre les fils qui se croisaient , se tressaient terminés par une aiguille à bout rond colorée....
Chaque point avait un sens ….il suivait des courbes pour finir dans un motif choisi … Le sien était la Paix ...
 Un souffle venait caresser les fuseaux dès qu'ils se dévidaient, ils  se retrouvaient à se faufiler tournoyant dans une sphère de pelote en coton très fin … Ses mains expertes remisaient  méthodiquement les fuseaux qui n'étaient pas d'horaire ….
Chaque centimètre de maille remontait pour descendre en  large ruban de l'autre côté du coussin .
Un sourire de satisfaction se remarquait sur son visage , elle sifflotait même...
Parfois ses sourcils se touchaient laissant des circonflexes au dessus de ses paupières comme une marque d'inquiétude mais ils étaient chassés illico …. Elles savaient retrouver la cassure remontant jusqu'au fil blessé pour défiler , renouer , recommencer avec.... patience....
Elle savait que le travail allait être long , qu'il en faudra des fils pour tisser ce dont elle a toujours rêvé ….
L'humilité était son atout mais surtout la persévérance...
Elle regarda les aiguilles de sa montre , le temps s'était écoulé , le soleil avait séché les larmes de la vitre …
Elle se leva , rangea son métier dans un coin de la salle …
Déposa sur sa table une jolie nappe tout en dentelle . 
Elle respira … Souffla … S'étira ... 
Demain sera un autre jour … Les oiseaux  chantent , le soleil est dans son coeur...
Marie 




15 jedeuxmots:

orfeenix a dit…

si cette dentellière pouvait épouser le grand horloger, je me sentirais mieux dans l' air du temps! magnifique, Marie.

Pierre BOYER a dit…

C'est très beau...

Pierre

J.Earthwood a dit…

Je ne voudrais pas faire dans la dentelle car votre texte est très beau et me rappelle des soirées d'enfance passées à écouter ma grand-mère maternelle mélanger les fils pour en tirer de magnifiques dessins agrémentés de pensées toujours plus sages les unes que les autres...
Ma dentelière à moi était veuve et s'achinait tard le soir, après une journée aux champs, pour nourrir et envoyer à l'école ses six enfants...
Merci pour ce beau texte et... pardonnez mon irruption.

✿ ♥ France ✿ ✿ a dit…

Marie bonjour et merci de ton passage.
Des oiseaux dans ton coeur oui et sur ta dernière photo.
Ton texte est magnifique comme toujours. Et tu aimes jouer avec les mots.
Donc il te faut continuer.
Je t'embrasse avec des dentelles

D. Hasselmann a dit…

Cousu de main de maître(sse), échevau fin de mots et de gestes.

Je connais un joli musée de la dentelle à Bailleul (59).

Morgan a dit…

De la belle ouvrage, chère voisine de palier.

jeanfi a dit…

Demain sera un autre jour...
ton texte, comme d'habitude, m'emporte dans un autre monde !
bises

JEA a dit…

Et le roman et le film offrirent leurs empreintes aux années 70.
Certes Pascal Laîné reçut le Goncourt 1974 (il était publié chez Gallimard) mais son roman se suffisait à lui-même, parvenant à renouveler sobrement le thème des amours aussi aigües qu'impossibles. Puis sur la pellicule de Goretta, en 1977, Isabelle Huppert vint donner un visage et son intelligence à Pomme, celle qui finira en psychiatrie faute de partager son jardin secret.
Merci de nous les avoir remis en mémoire.

Isabelle C. a dit…

Les mots cliquettent, je les vois filer leur joie secrète, c'est si fin et subtile ! Bravo!

***Isabelle*** a dit…

quel joli texte, quel bel hommage...j'ai moi aussi eu l'impression de revenir en arrière et voir aussi ma grand-mère qui, tous les après-midi, faisait soit du tricot ,soit des napperons en dentelles...que de souvenirs...

pow wow a dit…

C'est de la dentelle, merci!

Brigitte a dit…

c'est joli joli Marie, ces mots qui donnent à mes doigts l'envie de filer:) bravo

Rackham Le Rouge a dit…

Ton texte et ce titre me fait penser à cette Dentellière du Cinéma. J'ai adoré ce film et la leçon d'humilité qu'il prodigue...
Merci Marie et plein de besos ♥

versus a dit…

Comme un arrêt du temps,ou alors ce sont les doigts qui battent la mesure, qui écrivent les piqûres de la vie quotidienne et le chef d' orchestre, c' est bien vous !
Bravo, j' applaudis à la fin de l' acte !
versus.

Alexandre a dit…

Bonjour à toi. Un beau texte. Pas à pas, mot par mot, une atmosphère est décrite joliment.

ATTENTE...

ATTENTE...

Liberté...

Dans toutes les larmes s'attarde un espoir...
Simone de Beauvoir

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